QD&ME – FLORENCE FOURNIER, Lead Motion Capture

Quantic Dream : Peux-tu te présenter ? Quel est ton nom, d’où viens-tu et quel est ton rôle chez Quantic Dream ? 

Je m’appelle Florence Fournier, je viens du sud de la France, de la ville de Grasse plus précisément, la capitale mondiale du parfum. Je suis Lead Motion Capture, c’est-à-dire que je gère la partie technique des tournages sur notre plateau.  

Quantic Dream : Comment t’es-tu retrouvée à travailler dans l’industrie du jeu vidéo ? Était-ce un rêve de longue date, ou l’as-tu intégrée un peu par hasard ? 

Avec mes frères et sœurs, nous avons commencé très jeunes à jouer aux jeux vidéo, sur pc, grâce à notre père qui nous ramenait des disquettes. On jouait à Flashback, Fury of the Furries, Prehistorik, Aladdin, Flight of the Amazon Queen, EcoQuest… C’est comme ça que j’ai attrapé le virus du jeu vidéo ! Ma sœur, la plus grande de la fratrie, nous aidait sur ADI, un logiciel éducatif dans lequel on débloquait des jeux, comme Goblins 2 et 3, si on travaillait régulièrement. 
En grandissant on a continué à jouer, les jeux ont évolué et j’ai voulu faire partie de ce petit monde. Je suis arrivée chez Quantic Dream au début du développement de Beyond: Two Souls. À l’époque je travaillais dans le design industriel, mais comme j’étais donc une joueuse acharnée, j’ai lâché ça pour rejoindre l’industrie du jeu vidéo.  

Quantic Dream : Parle-nous plus précisément de ton travail ici ; quel est ton rôle et celui de ton équipe ? 

Entre deux productions, mon rôle est de concevoir les systèmes du plateau de motion capture, pour coller aux besoins des futurs tournages, pour la prise d’images et de son en temps réel. On valide ensuite ces propositions et recherches avec les équipes de réalisation et d’animation, qui travaillent conjointement avec nous. Ensuite, on lance des phases de test pour s’assurer que tout fonctionne parfaitement et que ces nouvelles solutions correspondent à tous nos projets. Lors des phases de production, le rôle de toute l’équipe de motion capture est assez polyvalent ; ça va de la préparation des tournages, pour déterminer les limites de son outils et proposer des solutions alternatives, jusqu’à la livraison à l’équipe Animation des données capturées et traitées, pour une utilisation directe dans le moteur de création de jeu. 

Pour l’instant, hors périodes de production, mon unique collègue, Pierre, gère de son coté l’ensemble des tournages, de la calibration mâtinale du système  – afin que chaque caméra connaisse son emplacement dans l’espace par rapport aux autres caméras – à la capture de toutes les animations du jour. On s’occupe ensuite ensemble du traitement des données. 

Lorsqu’on arrive en période de production, l’équipe Motion Capture s’agrandit afin que l’équipement des acteurs, la gestion des tournages et le traitement des images capturées suivent ce rythme plus intense. 

Quantic Dream : Dis-nous en plus sur les membres de ton équipe. Tu as quelques anecdotes en mémoire ? 

Dans mon projet de fin d’études, j’avais fait de la motion capture avec ma cousine, sur qui j’avais mis des marqueurs ; j’avais utilisé ensuite un logiciel gratuit, pas très performant, mais ça avait suffi. À l’époque la MoCap c’était pas très courant, mais avec ces premières expériences j’ai commencé à me former, et puis finalement j’ai réussi à intégrer Quantic Dream. Stephen Olsen m’a alors pris sous son aile, pour m’apprendre toutes les facettes de ce métier.  

Quantic Dream : Peux-tu nous décrire ta journée type ? Est-ce que ça existe pour toi ? 

Nous avons deux types de journées en motion capture. Lorsqu’il y a des tournages, nous arrivons en premier ; une des personnes de l’équipe s’occupe de calibrer les caméras, les autres de préparer les acteurs. Nous tournons toute la journée, chacun a ses différentes tâches, en fonction des tournages en cours et à venir. À la fin de la journée, on déséquipe les acteurs, on copie les données vers les serveurs, on lance les lessives et on prépare le plateau pour le tournage du lendemain. 

En revanche, quand c’est une période sans tournage, soit on vient de boucler des séquences et on se met sur le traitement des données, soit on prépare les tournages suivants avec l’équipe Réalisation, avec notamment le travail sur les props, ces objets et éléments de décors qui servent de références pour les acteurs. Et bien sûr, si on n’a pas de tournage à traiter, on réfléchit constamment aux différentes améliorations qu’on peut apporter, pour rendre nos outils toujours plus efficaces.  

Quantic Dream : Certaines de tes inspirations extérieures se reflètent-elles dans ton travail ? 

On regarde toujours ce que les autres compagnies font, c’est surtout de l’inspiration technique, plus qu’artistique. Par exemple quand il y a un making of qui sort, sur un gros film ou un gros jeu, évidemment on regarde les solutions utilisées pour les tournages. Le prochain film Avatar, qui se déroule dans l’eau, je suis ça de très près, ça peut nous inspirer pour apporter des nouvelles solutions techniques à des questions posées par nos propres scénaristes. D’ailleurs, il y a un groupe Facebook, avec plein d’équipes de MoCap à travers le monde, on s’échange souvent des tuyaux pour avancer. J’aime bien aussi les tournages avec des animaux, c’est quelque chose qu’on a pas encore essayé ici. Pareil pour les chorégraphies avec des harnais, on en fait, mais pas de façon encore très poussée. Même chose avec les props, les éléments qu’on donne aux acteurs pour rendre certaines choses plus tangibles sur le plateau : on regarde ce que les autres font, parfois ça peut nous aiguiller pour trouver des solutions auxquelles on a pas encore pensé.  

Quantic Dream : Voici une grande question… Quels sont tes jeux préférés ? 

C’est très compliqué, j’ai des favoris pour plein de genres de jeux ! Je suis assez fan du point and click à l’ancienne, comme Day of The Tentacle et Runaway, dont j’aime beaucoup l’humour bien décalé. Dans un autre genre, j’ai adoré aussi Resident Evil 4 – je suis team Leon ! – même si le bruit de la tronçonneuse me tétanisait à l’époque. Côté jeux de plateformes, je suis fan de Guacamelee! Son ambiance mexicaine, le fait d’être soit poule soit catcheur dans un monde des morts ou des vivants, c’est juste génial. Je l’ai même racheté sur Switch pour pouvoir y jouer pendant mes trajets. J’ai un faible aussi pour This is the Police, un jeu de stratégie où on joue un directeur de la police, coincé entre le Maire et la mafia ; en plus d’être fun, le jeu m’a marqué par sa bande-son très jazzy. Je peux également citer Ico, dont le coté onirique offre un voyage et un moment d’émotion incomparables. Plus récemment, Rime m’y a fait beaucoup penser, d’ailleurs. Et pour finir, j’ai envie de parler de The Legend of Zelda: Breath of the Wild et Xenoblade Chronicles 2, deux jeux auxquels j’ai beaucoup joué. Ma passion pour les quêtes secondaires m’a fait dépasser les 150h sur chacun de ces deux jeux ; j’ai une approche parfois un peu obsessionnelle du jeu vidéo, quand je commence il faut que je complète tout ! Sur Breath Of The Wild par exemple, je peux passer des jours entiers à chercher des Korogus, ahah ! 

Quantic Dream : Dis-nous en plus sur tes centres d’intérêt en dehors du travail. 

Quand je ne suis pas au travail, les weekends j’aime faire de la couture, pour fabriquer des choses simples comme des housses, des petites trousses et je me suis récemment mise à fabriquer des masques. 

Quantic Dream : À quoi ressemble ton vendredi soir idéal ? 

Un apéro avec mon chéri et quelques copains, ça me va très bien.  

Quantic Dream : As-tu un message pour nos lecteurs ? 

Venez chez Quantic Dream, on a des cookies ! Plus sérieusement, n’hésitez pas à postuler pour nous rejoindre, nous sommes constamment à la recherche de nouvelles personnes pour nos projets.  

Quantic Dream : Dernière question ! Gâteau au chocolat ou tarte aux fruits ? 

Les deux ! Je suis un bec sucré, j’avoue, même si globalement j’adore manger, donc sucré ou salé, ça me va !

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Pictures by Julien Braconnier